Le 25 juillet 1957 :

Séance plénière historique de l’Assemblée Nationale Constituante.
La séance est tenue sous la présidence de M. Jellouli Farès, président de la Constituante, et en présence des membres de l’Assemblée, au nombre desquels ou remarquait Habib Bourguiba qui, depuis le 14 avril 1956, assumait la charge de président du premier gouvernement de l’ère de l’indépendance.

Au terme d’un long débat qui s’est poursuivi durant deux séances, la première dans la matinée et la deuxième dans la soirée, l’Assemblée a voté, à l’unanimité :

- Primo : l’abolition de la monarchie en Tunisie ;
- Secundo : la proclamation de la République Tunisienne.

Prenant ensuite la parole, le président de l’Assemblée s’est adressé aux Constituants en ces termes :

«Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,
Nous, représentants du peuple tunisien, réunis en assemblée nationale constituante.


Proclamons la volonté de ce peuple, qui s’est libéré de la domination étrangère grâce à sa puissante cohésion et à la lutte qu’il a livrée à la tyrannie, à l’exploitation et à la régression :

- de consolider l’unité nationale et de demeurer fidèle aux valeurs humaines qui constituent le patrimoine commun des peuples attachés à la dignité de l’homme, à la justice et à la liberté et qui œuvrent pour la paix, le progrès et la libre coopération des nations ;

- de demeurer fidèle aux enseignements de l’Islam, à l’unité du Grand Maghreb, à son appartenance à la famille arabe, à la coopération avec les peuples qui combattent pour la justice et la liberté ;

- d’instaurer une démocratie fondée sur la souveraineté du peuple et caractérisée par un régime politique stable basé sur la séparation des pouvoirs.


Nous proclamons que le régime républicain constitue :

- la meilleure garantie pour le respect des droits de l’Homme, pour l’instauration de l’égalité des citoyens en droits et en devoirs, pour la réalisation de la prospérité du pays par le développement économique et l’exploitation des richesses nationales au profit du peuple ;

- le moyen le plus efficace pour assurer la protection de la famille et le droit des citoyens au travail, à la santé et à l’instruction.

Nous, représentants du peuple tunisien libre et souverain, arrêtons, par la Grâce de Dieu, la présente constitution».

Au terme de la séance plénière, le président de l’Assemblée Nationale Constituante a donné lecture de la résolution suivante :

«Au Nom de Dieu, Clément et Miséricordieux,

Nous, députés de la Nation Tunisienne, membres de l'Assemblée Nationale Constituante,

En vertu des pleins pouvoirs que nous détenons du Peuple,
A l'effet de consolider les bases de l'Indépendance de l'Etat et de la souveraineté du Peuple,

En vue de l'édification du régime démocratique que poursuit l'Assemblée dans l'élaboration de la Constitution,

Prenons au nom du Peuple, la décision suivante, immédiatement exécutoire:

  1. Nous déclarons le régime monarchique totalement aboli;
  2. Nous proclamons que la Tunisie est un Etat Républicain;
  3. Nous confions à Monsieur Habib BOURGUIBA, Président du Conseil,
    la charge de Chef de l'Etat dans les conditions actuelles, jusqu'à la mise en vigueur de la Constitution et lui conférons le titre:
    " Président de la République Tunisienne".
  4. Le Gouvernement est chargé d'exécuter la présente décision et de prendre toutes les mesures nécessaires du Régime Républicain; nous chargeons également le Président de l'Assemblée, le Secrétaire Général du Bureau de l'Assemblée et le Gouvernement de porter cette décision à la connaissance de tous.

Fait au Palais de l'Assemblée au Bardo,
Le 25 juillet 1957 à 18 heures
Le Président de l'Assemblée Nationale Constituante:
Jellouli FARES.